Urbanisation en Asie-Pacifique : 700 millions de citadins vivent dans des conditions précaires

Emploi informel et absence de protection sociale
La croissance urbaine en Asie-Pacifique s'est accompagnée d'une expansion massive de l'emploi informel. Dans de nombreuses villes de la région, plus de la moitié de la population active travaille sans contrat, sans protection sociale et sans accès aux droits du travail. Cette informalité est à la fois une conséquence de la rapidité de l'urbanisation et un obstacle à son amélioration.
Le rapport PNUD-BAD souligne que les travailleurs informels sont particulièrement vulnérables aux chocs économiques. Lors de la pandémie de COVID-19, des millions de travailleurs informels ont perdu leurs revenus du jour au lendemain, sans filet de sécurité. La reprise économique a été plus lente pour eux que pour les travailleurs formels.
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La crise du logement dans les mégapoles
Jakarta, qui a récemment dépassé Tokyo comme la plus grande ville du monde avec plus de 35 millions d'habitants dans son aire métropolitaine, illustre les défis du logement urbain. Malgré le déménagement de la capitale administrative vers Nusantara, Jakarta continue de croître. Les prix de l'immobilier ont augmenté de 40 % en cinq ans, rendant le logement inaccessible pour une grande partie de la population.
En Inde, les villes devraient accueillir 600 millions de personnes supplémentaires d'ici 2050. Les zones urbaines indiennes contribuent déjà à 70 % du PIB national. Mais la croissance urbaine s'est accompagnée d'une expansion des bidonvilles. Mumbai, Chennai et Delhi comptent parmi les villes avec les plus grandes concentrations de population vivant dans des habitats précaires.
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La qualité de l'air : un défi sanitaire majeur
La pollution atmosphérique est l'un des problèmes les plus graves liés à l'urbanisation rapide en Asie-Pacifique. Selon l'OMS, 9 des 10 villes les plus polluées du monde se trouvent en Asie du Sud. La pollution de l'air cause des millions de décès prématurés chaque année dans la région.
Les sources de pollution sont multiples : les transports, l'industrie, la construction, et dans certaines régions, la combustion de biomasse pour la cuisine et le chauffage. Les villes qui ont réussi à réduire significativement leur pollution atmosphérique, comme Pékin, ont dû combiner des mesures réglementaires strictes, des investissements massifs dans les transports en commun et une transition vers des sources d'énergie plus propres.
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Les modèles de développement urbain
Face à ces défis, différents modèles de développement urbain émergent. La Chine a adopté une approche de planification centralisée, avec des investissements massifs dans les infrastructures de transport, de logement et de services publics. Mais ce modèle, piloté par l'État central, n'est pas transposable tel quel dans des pays où les capacités administratives et financières sont plus limitées.
Le rapport PNUD-BAD souligne que les 1,2 milliard de nouveaux citadins attendus d'ici 2050 arriveront dans des villes qui peinent déjà à fournir des services adéquats à leur population actuelle. La manière dont ces villes se prépareront à cette croissance déterminera les conditions de vie de centaines de millions de personnes. La question n'est pas de savoir si l'urbanisation va se poursuivre — elle est inévitable — mais si elle produira des villes où les habitants ont accès à un logement décent, à un emploi protégé et à un air respirable.


