Les sanctuaires marins et l'économie bleue : la protection des océans passe de 8,2 % à 9,9 % en 2025, la plus forte hausse annuelle jamais enregistrée

9,9 % des océans protégés fin 2025, contre 8,2 % un an plus tôt
Selon le Marine Protection Atlas, la surface océanique mondiale sous un régime de protection a atteint 9,9 % fin 2025, contre 8,2 % fin 2024. Cette hausse de 1,7 point en une seule année est la plus importante jamais enregistrée. Elle est principalement due à la désignation de nouvelles aires marines protégées (AMP) en haute mer, rendue possible par l'entrée en vigueur du traité BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction) en 2025.
Parmi les nouvelles zones protégées, on compte le sanctuaire marin de la dorsale médio-atlantique (proposé par l'Union européenne), une extension majeure de la réserve marine des îles Pitcairn (Royaume-Uni), et plusieurs zones de protection communautaire dans le Pacifique Sud.
Le traité BBNJ permet pour la première fois de protéger la haute mer
L'objectif international, fixé par le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal (COP15, décembre 2022), est de protéger 30 % des océans d'ici 2030 — l'objectif dit "30x30". Pendant des années, la progression a été lente : de 3,6 % en 2015 à 8,2 % en 2024, soit moins d'un point par an.
L'accélération de 2025 change la dynamique. Si ce rythme se maintenait, l'objectif de 30 % pourrait théoriquement être atteint d'ici 2037 — en retard sur le calendrier, mais dans un ordre de grandeur réaliste. Le traité BBNJ, qui permet pour la première fois de créer des aires protégées en haute mer (au-delà des zones économiques exclusives des États), est le facteur déterminant de cette accélération.
Les bénéfices économiques de la protection marine sont de mieux en mieux documentés. Une étude publiée dans Nature en 2024 estime que chaque dollar investi dans la protection marine génère entre 3 et 10 dollars de bénéfices économiques (pêche durable, tourisme, séquestration de carbone, protection côtière).
Seuls 3,1 % des océans sont sous protection forte, le reste autorise l'extraction
Le chiffre de 9,9 % mérite d'être décomposé. Selon l'analyse du Marine Protection Atlas, seuls 3,1 % des océans sont sous protection "forte" ou "intégrale" (interdiction totale de pêche et d'extraction). Les 6,8 % restants sont sous des régimes de protection partielle qui autorisent certaines activités extractives.
La qualité de la protection est aussi variable que sa quantité. Certaines AMP existent "sur le papier" mais ne disposent ni de moyens de surveillance ni de sanctions effectives. L'UICN estime qu'environ un tiers des AMP déclarées dans le monde n'ont pas de plan de gestion opérationnel.
L'objectif de 30 % d'ici 2030 reste très ambitieux. Il faudrait protéger environ 20 points de pourcentage supplémentaires en 4 ans — un rythme sans précédent. Les négociations sur les zones de haute mer sont complexes, car elles impliquent des intérêts de pêche industrielle, d'exploitation minière sous-marine et de souveraineté nationale.
La hausse de 2025 est un signal encourageant et vérifiable. Mais elle ne garantit pas que le rythme se maintiendra, ni que la protection déclarée se traduira par une conservation effective des écosystèmes marins.
Sources
- Marine Protection Atlas. Global Marine Protection data and tracking. Marine Conservation Institute.
- Nations Unies. Accord BBNJ sur la conservation et l'utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale.
- Nowakowski, A.J. et al. (2023). Co-benefits of marine protected areas for nature and people. Nature Sustainability.


