Face aux résistances des bactéries, l'OMS définit les priorités antibiotiques

La résistance antimicrobienne : une crise silencieuse
En 2019, la résistance bactérienne aux antimicrobiens a été directement responsable de 1,27 million de décès, un chiffre qui souligne l'urgence de la redéfinition par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) des antibiotiques prioritaires pour guider le développement de nouvelles thérapies [3].
La résistance antimicrobienne (RAM) se développe lorsque les bactéries, virus, champignons et parasites évoluent pour résister aux médicaments qui les combattent. Ce phénomène est accéléré par la surutilisation et le mauvais usage des antibiotiques en médecine humaine, vétérinaire et en agriculture. Les bactéries résistantes se propagent entre les personnes, les animaux et l'environnement, rendant les infections courantes de plus en plus difficiles à traiter [4].
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Les nouvelles priorités de l'OMS
En mars 2026, l'OMS a publié de nouveaux profils de produits cibles (TPP) pour les antibiotiques urgents. Ces profils définissent les caractéristiques minimales et optimales que les nouveaux antibiotiques doivent posséder pour répondre aux besoins cliniques non satisfaits [5]. Les bactéries prioritaires identifiées comprennent Acinetobacter baumannii résistant aux carbapénèmes, Pseudomonas aeruginosa résistant aux carbapénèmes et les entérobactéries résistantes aux carbapénèmes — toutes classées comme « critiques » [4].
La liste des pathogènes bactériens prioritaires de l'OMS, publiée en 2024, a été mise à jour pour inclure de nouvelles menaces émergentes. Cette liste guide les investissements en recherche et développement, en signalant aux chercheurs et à l'industrie pharmaceutique quels pathogènes nécessitent de nouveaux traitements en priorité [4].
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Le défi du développement de nouveaux antibiotiques
Le pipeline de développement d'antibiotiques est insuffisant. En 2024, seulement 32 nouveaux antibiotiques étaient en développement clinique, dont la plupart ne représentent que des améliorations marginales par rapport aux traitements existants [2]. Le développement d'un nouvel antibiotique prend en moyenne 10 à 15 ans et coûte entre 1 et 2 milliards de dollars, avec un taux d'échec élevé.
Le modèle économique du développement d'antibiotiques est fondamentalement défaillant. Contrairement aux médicaments pour maladies chroniques, les antibiotiques sont utilisés pendant de courtes périodes et doivent être utilisés avec parcimonie pour préserver leur efficacité. Cela limite les revenus potentiels et décourage les investissements privés. Des mécanismes d'incitation innovants, comme les contrats de marché avancés (AMC) ou les prix Nobel pour l'innovation antibiotique, sont nécessaires pour stimuler la recherche [1].
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Une réponse mondiale insuffisante
La résistance aux antimicrobiens a des implications profondes pour les systèmes de santé. Des procédures médicales courantes comme la chirurgie, la chimiothérapie ou les transplantations d'organes deviennent plus risquées en l'absence d'antibiotiques efficaces pour prévenir et traiter les infections post-opératoires [3].
La situation varie considérablement d'un pays à l'autre. Dans les pays où l'accès aux antibiotiques est facile et où la réglementation est laxiste, la résistance se développe plus rapidement. La nature transfrontalière des bactéries résistantes signifie qu'aucun pays n'est à l'abri. Une approche mondiale coordonnée est indispensable, incluant le partage des données de surveillance, la collaboration en matière de recherche et développement, et le soutien aux pays les plus vulnérables [5].
Sources
- [1] OMS. WHO releases new reports on new tests and treatments in development for bacterial infections, who.int
- [2] OMS. WHO releases report on state of development of antibacterials, who.int
- [3] ONU. La résistance aux antibiotiques augmente dans le monde, news.un.org
- [4] OMS. WHO bacterial priority pathogens list 2024, who.int
- [5] OMS. WHO releases new target product profiles for urgently needed antibiotics, who.int


