L'intelligence artificielle générative expose davantage les emplois féminins à l'automatisation

La ségrégation professionnelle comme facteur principal
La concentration des femmes dans certains types d'emplois est un phénomène bien documenté. Elles occupent une part importante des postes de secrétariat, d'accueil, de gestion des paiements ou d'assistance comptable. Ces fonctions impliquent des tâches répétitives et codifiables, ce qui les rend particulièrement vulnérables à l'automatisation. À l'inverse, les hommes sont plus présents dans des secteurs comme la construction, l'industrie ou les métiers manuels, où les tâches physiques sont moins directement remplaçables par les modèles d'IA actuels.
L'analyse de l'OIT couvre 436 professions, classées selon leur répartition par genre. Parmi les métiers identifiés comme ayant une forte exposition à l'automatisation, on trouve majoritairement des professions féminisées : dactylographes, opérateurs de traitement de texte, employés de comptabilité et de paie, secrétaires, réceptionnistes, traducteurs et interprètes.
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Une tendance observée à l'échelle mondiale
Le constat d'une plus grande exposition des emplois féminins est global. L'étude de l'OIT montre que dans 88 % des pays analysés, les femmes sont plus concernées que les hommes. L'écart est particulièrement visible dans les pays à revenu élevé, où 41 % des emplois sont exposés à l'IA générative, contre seulement 11 % dans les pays à faible revenu.
Ces chiffres ne signifient pas une destruction massive et imminente d'emplois. L'impact principal de l'IA générative se situe davantage dans la transformation de la qualité du travail, la redéfinition des tâches et l'évolution des compétences requises. L'OIT estime que l'impact de l'IA pourrait creuser l'écart de revenus entre les hommes et les femmes de 3 à 5 points de pourcentage, annulant ainsi des années de progrès vers l'égalité salariale.
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Le paradoxe de l'IA : menace ou opportunité pour les "cols roses" ?
L'expression "cols roses" désigne ces professions du secteur tertiaire, majoritairement occupées par des femmes, centrées sur le service, l'administratif et le soin. Historiquement moins touchés par les vagues d'automatisation industrielle, ces emplois sont aujourd'hui en première ligne face à l'IA générative.
Le risque principal est celui d'une dévalorisation des compétences et d'une intensification du travail. Si l'IA prend en charge les tâches jugées simples, les employées pourraient se voir confier un volume de travail plus important, ou des tâches de supervision et de correction des erreurs de l'IA, un travail souvent invisible et peu reconnu.
Cependant, l'angle inverse mérite d'être exploré. En libérant du temps sur les tâches administratives, l'IA peut permettre aux professionnelles de se concentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée, faisant appel à la créativité, au jugement critique et à l'interaction humaine.
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Construire une IA au service de l'égalité
Pour que le scénario optimiste se réalise, une action volontariste est indispensable. Les organisations internationales comme l'OIT et l'OCDE appellent à une gouvernance de l'IA qui soit centrée sur l'humain et l'éthique.
Premièrement, l'éducation et la formation continue sont primordiales. Il ne s'agit pas seulement de former plus de femmes aux métiers de la tech, mais de donner à l'ensemble de la population active les clés pour comprendre et travailler avec l'IA.
Deuxièmement, la conception même des systèmes d'IA doit être plus inclusive. La faible proportion de femmes dans les équipes de développement (30 % au niveau mondial) est un problème majeur, car elle conduit à des algorithmes qui peuvent reproduire, voire amplifier, les stéréotypes de la société.
La transformation portée par l'intelligence artificielle n'est pas une fatalité technologique. C'est le résultat de choix humains, individuels et collectifs. C'est aujourd'hui que se dessine le futur du travail, et avec lui, une part de l'avenir de l'égalité entre les femmes et les hommes.


