Société, Démocratie & Culture19 mars 20265 min

La démocratie américaine à son plus bas niveau depuis 50 ans

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La démocratie américaine à son plus bas niveau depuis 50 ans

# La démocratie américaine à son plus bas niveau depuis 50 ans

Le rapport V-Dem 2026 place les États-Unis au 51e rang mondial sur 179 nations pour la qualité démocratique — contre la 20e place il y a quelques années. Le score de l'indice de démocratie libérale (LDI) du pays est passé de 0,79 en 2023 à 0,57 en 2025, une chute de 24 % en un an. Ce niveau ramène la démocratie américaine à celui de 1965, une année qui précède les grandes réformes des droits civiques. Les États-Unis ont perdu leur statut de démocratie libérale pour la première fois depuis plus de 50 ans.

Ce recul est documenté par plusieurs sources indépendantes. La série de données Polity, qui mesure la démocratie depuis les années 1800, a classé les États-Unis comme une « anocratie » après le 6 janvier 2021, puis les a déclassés davantage en 2024 et 2025, les décrivant en octobre 2025 comme « n'étant plus une démocratie » et se trouvant « au seuil de l'autocratie ». Bright Line Watch, un réseau de politologues américains, a déclaré en septembre 2025 que les évaluations d'experts plaçaient le pays « plus près d'une démocratie mixte ou illibérale que d'une démocratie pleine ».

Une vitesse de dégradation qui dépasse celle d'Orbán, Modi et Erdoğan

Ce qui distingue le cas américain dans le rapport V-Dem 2026, c'est moins l'ampleur du recul que sa vitesse. La seconde administration Trump a surpassé le rythme de dégradation démocratique observé chez des autocrates contemporains reconnus : Viktor Orbán en Hongrie, Narendra Modi en Inde, Aleksandar Vučić en Serbie, Recep Tayyip Erdoğan en Turquie. Ces comparaisons sont basées sur les mêmes indicateurs mesurés dans les mêmes conditions méthodologiques.

Les aspects les plus touchés sont précis. Les contraintes législatives sur l'exécutif ont perdu un tiers de leur valeur en 2025, atteignant leur niveau le plus bas depuis plus de 100 ans. Le rapport indique que le Congrès contrôlé par les Républicains a « abdiqué son rôle constitutionnel en faveur de l'exécutif en 2025, cédant des pouvoirs législatifs, fiscaux et de surveillance significatifs ». Les contraintes judiciaires ont atteint leur niveau le plus bas depuis 1900. Les droits civiques et l'égalité devant la loi, ainsi que la liberté d'expression et des médias, sont à leurs niveaux les plus bas depuis 60 ans.

Le Trump Action Tracker a documenté 2 651 cas d'actions et de déclarations de l'administration Trump rappelant celles des régimes autoritaires, dont 704 sapant directement la démocratie, 459 affaiblissant les droits civiques, 689 réprimant la dissidence et 172 « vidant l'État de sa substance ».

Les composantes électorales restent stables — pour l'instant

Une nuance importante : les composantes électorales de la démocratie américaine sont restées relativement stables en 2025. Les scores de V-Dem pour cette dimension sont basés sur la qualité des élections de 2024, jugées libres et équitables par les observateurs internationaux. L'autocratisation américaine documentée passe donc par l'affaiblissement des institutions — séparation des pouvoirs, indépendance judiciaire, libertés civiles — et non (encore) par la manipulation électorale directe.

Cette distinction est importante pour comprendre la nature du recul. Les États-Unis ne sont pas devenus une autocratie électorale où les élections sont truquées. Ils sont devenus un régime où les contre-pouvoirs institutionnels — le Congrès, les tribunaux, la presse — ont été affaiblis au point de ne plus remplir leur fonction de limitation du pouvoir exécutif.

Le professeur Steven Levitsky, de l'Université Harvard, cité dans le rapport, a déclaré : « Le régime aux États-Unis est maintenant une forme d'autoritarisme. » La Century Foundation a conclu que « la démocratie américaine est déjà en train de s'effondrer ». Ces jugements d'experts s'appuient sur les mêmes données que V-Dem, analysées selon des cadres théoriques différents mais convergents.

Ce que 2026 et les élections de mi-mandat représentent

Les élections de mi-mandat de 2026 constituent le prochain test institutionnel majeur. Si les composantes électorales restent stables, elles offrent un mécanisme de correction potentiel. Mais plusieurs facteurs pourraient modifier cette équation : des changements dans les règles électorales au niveau des États, la concentration croissante des médias, et la capacité de l'opposition à se mobiliser dans un contexte d'affaiblissement des libertés civiles.

V-Dem note que la rapidité de l'autocratisation américaine est « sans précédent dans l'histoire moderne » pour une démocratie établie. Cette vitesse rend les projections difficiles. Les cas historiques d'autocratisation dans des démocraties établies — la Hongrie de 2010 à aujourd'hui, la Turquie de 2013 à aujourd'hui — montrent que le processus peut s'accélérer une fois que les contre-pouvoirs institutionnels sont suffisamment affaiblis.

Le rapport V-Dem 2026 est disponible en accès libre sur le site de l'Institut V-Dem. Les données brutes et les méthodologies sont également accessibles pour les chercheurs qui souhaitent conduire leurs propres analyses.

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Sources : [V-Dem Institute, Democracy Report 2026](https://www.v-dem.net/documents/75/V-Dem_Institute_Democracy_Report_2026_lowres.pdf) — [Trump Action Tracker](https://www.trumpactiontracker.info/) — [Bright Line Watch](https://brightlinewatch.org/) — [The Century Foundation](https://tcf.org/)

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