Santé & Démographie12 mars 202620 min

30 % de survie au Sud, 80 % au Nord : l'inégalité des cancers pédiatriques et les initiatives qui commencent à la réduire

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30 % de survie au Sud, 80 % au Nord : l'inégalité des cancers pédiatriques et les initiatives qui commencent à la réduire

Un enfant diagnostiqué avec un cancer en France a 80 % de chances de survivre. Le même enfant, avec le même diagnostic, né au Sénégal, au Bangladesh ou en Bolivie, a 30 % de chances de survivre. Cet écart de 50 points de pourcentage n'est pas un fait de nature. Il est le produit de décisions — ou d'absences de décisions — sur l'accès aux médicaments, aux équipements diagnostiques, aux oncologues pédiatriques et aux protocoles de traitement.

Chaque année, environ 400 000 enfants dans le monde reçoivent un diagnostic de cancer. Environ 300 000 d'entre eux vivent dans des pays à revenus faibles ou intermédiaires, où les taux de survie sont dramatiquement inférieurs à ceux des pays à hauts revenus. La Société Internationale d'Oncologie Pédiatrique (SIOP) estime que 80 % des décès évitables par cancer pédiatrique surviennent dans ces pays.

Ce qu'on sait sur les cancers pédiatriques dans les pays du Sud

Les cancers les plus fréquents chez l'enfant dans les pays du Sud sont les mêmes qu'au Nord : leucémies (environ 30 % des cas), tumeurs cérébrales (environ 20 %), lymphomes, neuroblastomes, tumeurs de Wilms, rétinoblastomes. La différence est dans le diagnostic et le traitement.

Dans les pays à hauts revenus, la leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) a un taux de survie à 5 ans de plus de 90 %. Dans les pays à faibles revenus, ce taux tombe à 20-30 %. La raison n'est pas l'absence de traitement efficace — les médicaments existent, sont génériques, et sont relativement peu coûteux. La raison est l'absence de diagnostic précoce, de personnel formé, d'équipements fonctionnels, et de systèmes de suivi des patients.

Le diagnostic tardif est le premier obstacle. Le manque d'oncologues pédiatriques est le deuxième : l'Afrique subsaharienne compte environ 1 oncologue pédiatrique pour 10 millions d'enfants, contre 1 pour 100 000 aux États-Unis. L'accès aux médicaments est le troisième obstacle — et le plus paradoxal, car beaucoup sont des génériques dont les brevets ont expiré depuis des décennies.

Les initiatives qui commencent à réduire l'écart

St. Jude Global Alliance. L'hôpital St. Jude de Memphis a lancé en 2018 un programme mondial avec l'objectif d'augmenter le taux de survie de 20 % à 60 % d'ici 2030. Au Honduras, le taux de survie de la LAL est passé de 20 % à 65 % entre 2000 et 2020. En Jordanie, le taux de survie global est passé de 40 % à 70 %.

L'initiative CureAll de l'OMS. Lancée en 2018, elle vise 60 % de survie d'ici 2030 dans les pays à revenus faibles. En 2025, 56 pays ont rejoint l'initiative.

Le programme GFAOP en Afrique. Le Groupe Franco-Africain d'Oncologie Pédiatrique, réseau de 23 pays africains, a montré qu'il est possible d'obtenir des taux de survie de 50-60 % pour certains cancers avec des ressources limitées.

Les obstacles structurels qui persistent

Le financement est insuffisant et instable. La fuite des cerveaux médicaux aggrave la pénurie d'oncologues. Les ruptures de stock de médicaments interrompent les protocoles : 60 % des hôpitaux pédiatriques dans les pays à revenus faibles ont connu au moins une rupture de stock dans les 12 mois précédents. La sous-déclaration des cas rend difficile la planification.

L'IA dans le diagnostic : une opportunité

L'intelligence artificielle appliquée au diagnostic médical pourrait réduire certains obstacles. L'organisation Pathology Africa déploie des outils d'IA pour l'analyse histologique dans 12 pays africains, avec une concordance de 87 % entre les diagnostics de l'IA et ceux des pathologistes experts pour les lymphomes pédiatriques.

Ce que ça implique

L'OMS estime que traiter un enfant atteint de LAL dans un pays à revenus faibles coûte entre 2 000 et 5 000 dollars avec les médicaments génériques. Sauver 100 000 enfants supplémentaires par an coûterait entre 200 millions et 500 millions de dollars par an — le budget annuel d'un hôpital universitaire de taille moyenne en France.

Pour un enfant né aujourd'hui dans un pays à revenus faibles, la probabilité de survivre à un cancer pédiatrique dépend moins de la biologie de son cancer que du code postal de sa naissance. Cette réalité n'est pas une fatalité.

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